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Crise du logement : l'Union européenne multiplie les initiatives pour favoriser l'accès à un habitat abordable

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La crise du logement s'impose désormais comme un enjeu majeur à l'échelle européenne. Alimentée par des déséquilibres structurels, aggravée par des facteurs conjoncturels et renforcée par un contexte économique incertain, elle fragilise l'ensemble des marchés immobiliers au sein de l'Union.

Pour y répondre, l'Union européenne déploie un arsenal de mesures visant à faciliter l'accès à un logement abordable. Mais ces actions permettront-elles de traiter les racines profondes de la crise ? Tour d'horizon des causes identifiées et des réponses déjà engagées ou envisagées au niveau européen.

Une crise qui touche l'ensemble du continent européen

La crise du logement n'est plus une problématique isolée mais un phénomène structurel qui traverse l'ensemble du continent européen. Entre 2015 et 2023, les prix de l'immobilier ont bondi de 48 % en moyenne dans l'Union européenne, et les loyers ont suivi une hausse de 19 %, selon la Commission européenne.

En 2023, plusieurs millions de citoyens ne disposaient toujours pas d'un logement digne, et plus de 47 millions de personnes vivaient dans des conditions de précarité énergétique. Le logement, bien essentiel, devient de plus en plus inaccessible pour une part croissante de la population, fragilisée par la hausse des coûts et les tensions croissantes sur le marché.

Du point de vue des acteurs de l'immobilier, le cœur du problème réside dans le déséquilibre structurel entre une demande toujours plus forte et une offre rigide, voire inélastique. L'économiste Ingrid Nappi rappelle, dans un reportage accordé à Arte en octobre 2024, que « l'on ne construit pas un logement en un mois ou une journée comme une voiture : il faut des années puisqu'il y a des tas de contraintes, des recours sur les permis, et il faut également trouver un sol ».

Parallèlement, la demande est alimentée par une aspiration croissante des ménages à devenir propriétaires ou à investir dans l'immobilier locatif, ce qui accentue les tensions. Ce déséquilibre naturel entraîne mécaniquement une pression à la hausse sur les prix, renforcée par l'entrée en scène des investisseurs attirés par les rendements élevés.

Une crise multifactorielle accentuée par le contexte économique

Durant la dernière décennie, les politiques de taux bas ont favorisé un accès facilité au crédit, attirant massivement les investisseurs vers l'immobilier. Cette dynamique a contribué à faire du logement un actif financier, davantage perçu comme un outil de rendement que comme un besoin fondamental.

« Avec des taux quasi nuls, on obtenait facilement 4 à 5 % de rendement sur différents types d'investissements immobiliers. Cela a logiquement conduit à une ruée vers l'achat », analyse Thomas Hartmann, spécialiste de l'aménagement du territoire, dans le cadre d'un reportage diffusé sur Arte en 2024. Ce phénomène a accentué la pression sur un marché déjà tendu, en transformant le logement en objet de spéculation.
Par ailleurs, le foncier, en particulier, est devenu le principal levier de valorisation et donc de tension sur les prix. L'explosion de sa valeur explique en grande partie le coût élevé des constructions neuves. François Levlercq, architecte, rappelle que « les constructions sont chères parce que le foncier est devenu très cher c'est le principal levier de spéculation ces dernières années ».

À ces facteurs structurels s'est ajouté un choc conjoncturel : l'inflation de 2022 a fait bondir les coûts des matériaux et les taux d'intérêt, provoquant un gel des projets immobiliers dans de nombreuses régions. La hausse des coûts de production, couplée à un crédit devenu plus coûteux, a complexifié l'accès au logement tant pour les promoteurs que pour les ménages. Cette double pression économique freine l'activité dans un contexte déjà marqué par un déficit chronique d'offre.

Enfin, l'urbanisation croissante, elle, n'arrange rien : d'ici 2050, 80 % de la population mondiale vivra en ville, selon l'ONU. Face à cette urgence, les instances européennes commencent à prendre la mesure du phénomène.

« Il y a aujourd'hui une crise du logement majeure dans l'Union européenne, qui touche l'ensemble des citoyens. Dès lors, il devient un dossier politique européen à part entière », affirme Laurent Ghékière, président de l'Observatoire européen du logement, dans une intervention pour l'Afpols en juillet 2025.

Logement abordable : l'Union européenne accélère sa stratégie

Face à une crise du logement qui touche l'ensemble du continent, l'Union européenne renforce depuis 2021 ses initiatives pour garantir un accès équitable au logement. Parmi les premières mesures phares : le lancement d'une plateforme européenne pour lutter contre le sans-abrisme, avec pour ambition d'éradiquer ce fléau d'ici 2030. Ce dispositif vise à coordonner les actions entre États membres, collectivités et acteurs de la société civile, en s'appuyant sur des financements comme le Fonds social européen+ ou le programme InvestEU.

Sur le plan réglementaire, un tournant a été amorcé avec l'adoption en 2024 de la directive révisée sur la performance énergétique des bâtiments. Elle impose que tous les nouveaux bâtiments construits dans l'UE soient à émissions nulles à partir de 2030. Cette mesure, structurante pour le secteur immobilier, inscrit la politique du logement dans une trajectoire de transition écologique, tout en posant les bases d'une justice sociale intégrée à l'aménagement urbain.

Par ailleurs, l'Union mise également sur le levier financier pour accélérer la production et la rénovation de logements. La Banque européenne d'investissement (BEI) prévoit de porter ses prêts dédiés au logement à 4,3 milliards d'euros en 2025. L'objectif : soutenir l'innovation, la construction neuve et la rénovation énergétique, en privilégiant les projets à faible impact environnemental.

« La mise à disposition de logements abordables et économes en énergie avec le recours à des techniques de construction innovantes pour réduire les coûts constitue un défi majeur dans l'ensemble de l'Union européenne. La BEI dispose d'une occasion unique d'intervenir tout au long de la chaîne de valeur du logement », affirme Tanguy Desrousseaux, directeur du département Logement, villes et régions de la BEI.
Enfin, depuis 2024, la présidente Ursula von der Leyen a hissé le logement au rang de priorité politique majeure. Elle a confié au commissaire danois Dan Jørgensen la responsabilité d'un portefeuille élargi incluant le logement, chargé de présenter un « plan européen pour un logement abordable » d'ici 2026.

En parallèle, le Parlement européen a mis en place une commission dédiée à la crise du logement, chargée de produire un rapport d'initiative sur les causes et les solutions. Parmi les prochaines étapes évoquées par la présidente de la Commission européenne lors de son discours à Strasbourg le 10 septembre, figurent l'organisation d'un sommet européen sur le logement, une révision des règles encadrant les aides d'État, ainsi qu'une régulation des locations touristiques de courte durée. Objectif : créer un cadre plus favorable à la construction de logements sur l'ensemble du territoire européen.

Le fait que l'Union européenne reconnaisse officiellement l'ampleur de la crise du logement marque une avancée essentielle. Les initiatives engagées : qu'elles soient réglementaires, financières ou politiques posent les premières briques d'une réponse cohérente à l'échelle continentale.

Mais pour espérer un véritable impact, ces mesures devront se traduire en actions opérationnelles, soutenues sur le long terme et pensées en lien direct avec les réalités du terrain. Le défi est désormais de mobiliser l'ensemble des acteurs, publics comme privés, autour d'une vision commune : produire plus, mieux, et durablement.

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